jazz,new orleans

vendredi 6 mars 2009

Récit de Mardi Gras,quatrieme partie: "le maître fou"

Cet homme, bon sang cet homme.

Je ne me souviens pas d'avoir vu son visage sans peine, sans écume. Comme si, dès l'instant où il avait franchi ce cercle, tous ses traits -sa chair- s’étaient contractés vers un ailleurs. Cette fièvre dans sa voix, cette fureur peinte dans son regard ont surgi au premier claquement de tambour. Une gracieuse frénésie s'est emparée de ses mouvements. Lentement, il frappe le sol du pied gauche, puis du pied droit, ses mains, ses bras tremblent; ses épaules et sa tête se balancent de bas en haut.

Il est seul au centre de ces corps aux pittoresques plumages, son tambourin de fortune clappe sous ses impulsifs battements. Un homme, plus jeune, l'accompagne au tambour. Ces sons résonnent dans ma tête, seule la voix de l'homme reste claire et distincte. L'espace d'un instant l'homme me regarde droit dans les yeux, il ne me voit pas, il ne semble percevoir aucune forme, comme aveuglé.

La danse se fige, les sons s'arrêtent. "Maintenant j'ai chaud", dit l'homme. Il quitte progressivement le cercle, brisant peu à peu le simulacre. Son visage s'est apaisé.

Il rejoint des marches au devant d'une maison, il s'assoit, essuie d'un revers de manche la moiteur de ses traits. Une belle femme aux formes plantureuses s'approche, lui murmure quelques mots à l'oreille, lui tape sur l'épaule avant de franchir le pas de la porte.

Je garde les yeux rivés sur l'homme, il n'est plus le même, ce n'est pas ce visage serein qui, tout à l'heure exhumait du bitume.

Ce n'est qu'au bout de quelques minutes que je me rends compte qu'au loin, les tambours reprennent.





Et la suite encore la suite...

Aucun commentaire: